Il est près de minuit, dans le centre ville de Reims. Il pleut. Je suis là, debout sur le trottoir, seule. J'attends le taxi. Il est anormalement tard, je suis anormalement dehors, mouillée, alcoolisée, seule dans la rue, en bas de chez lui...
La soirée a commencé comme toutes les autres, par une première bière. Puis de fil en aiguille il est resté avec moi. Il m'a même payé le resto. Il m'a dit que j'étais belle, que je lui plaisais, malgré ses trois ans de plus. Il m'a fait la cour, avec classe, mais ouvertement.
Pourtant je connais sa réputation, je connais son passé. Je sais qu'il fait partie de tous ceux-là, qui se cachent derrière des belles paroles pour arriver à leurs fins et puis plus rien. Mais qu'ai-je encore à perdre ? Plus rien.
Alors pourquoi là, assise en face de lui au restaurant, j'ai le c½ur serré, les yeux dans le vide, l'impression d'étouffer ? Pourquoi je cache derrière mon sourire toutes ces évidences ? Je connais cette situation, je connais cet homme, je connais aussi la suite, le milieu, la fin, les tenants et les aboutissants. Je les connais tellement que pour rien au monde je ne voudrais savoir à quoi il pense.
J'ai la tête qui tourne. Mes pas sont de moins en moins assurés et je sais que je ne dois pas aller plus loin. Le dernier verre, il me le servira chez lui. Assise, là dans un canapé. Le c½ur toujours serré, suffocant, pour ces raisons que je me cache, que je me force à chasser de ma tête.
Etrangement, l'alcool ne m'apaise pas cette fois. Il rend les pensées plus nostalgiques, le manque encore plus présent, le mal-être persistant. Je ne sais pas où je vais ce soir. Ni comment ou avec qui.
Mais il finit par se passer quelque chose que jamais je n'ai trouvé la force de faire aupravant. Je réalise. Je jette l'éponge, j'abandonne, je fuis. Je ne dis même pas au revoir, me rhabille, reprends mes affaires, descends les escaliers en courant et appelle un taxi.
Il est près de minuit, dans le centre ville de Reims. Il pleut. Je suis là, debout sur le trottoir, seule. J'attends le taxi. Il est anormalement tard, je suis anormalement dehors, mouillée, alcoolisée, seule dans la rue, en bas de chez lui...
J'attends de longues minutes. La pluie est de plus en plus forte, de plus en plus froide. La rue est sombre, calme. Je serre les poings et me force à ne pas y penser. Il n'y a pas plus glauque, plus solitaire comme situation.
Mais ce n'est pas à la maison que je veux rentrer. C'est dans ses bras. Mais ses bras sont physiquement à plus de 200km de là, et même si cette distance n'existait pas, je ne suis même plus sure d'y avoir droit. Toute la soirée, les yeux vides, le c½ur serré, c'est à lui que je m'accrochais. C'est lui que je crève d'envie d'appeler à cet instant même, rien que pour entendre sa voix. Pour lui dire à quel point je suis désolée de me détruire autant et d'avoir frôlé une fois de plus le pire. Car dans les yeux de n'importe quel autre je ne vois encore que lui. Que perdue, là, en pleine nuit, si je viens de fuir mon passé, c'est parce qu'il m'en donne la force. J'ai beau avoir la gorge serrée, le c½ur en miettes, je donnerais n'importe quoi pour être là sous la pluie entre ses bras, sentir sa peau contre la mienne, sentir rien que sa présence à mes côtés.
Je respire un grand coup. J'essaye de ressentir la liberté, d'être seule à affronter le futur. Mais mon futur n'a plus aucun goût...